Accueil / SOCIETE / Sidya Touré dans ma mémoire : le témoignage de Sanou Kerfalla Cissé

Sidya Touré dans ma mémoire : le témoignage de Sanou Kerfalla Cissé

La disparition de Sidya Touré, ancien Premier ministre et président de l’Union des forces républicaines (UFR), ravive chez Sanou Kerfalla Cissé le souvenir de plusieurs rencontres avec l’ancien chef du gouvernement, notamment à la Primature et lors d’une médiation politique à la Grande Mosquée Fayçal.

Dans ce témoignage, le PDG du groupe Afric Vision revient sur ses échanges avec Sidya Touré, alors Premier ministre sous le régime du général Lansana Conté, mais aussi sur son passage de la Primature à l’opposition.

Une rencontre à la Primature

Sidya Touré s’est éteint à Paris dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 septembre 2026. Cette disparition ramène Sanou Kerfalla Cissé près de trente ans en arrière, à l’époque où Sidya Touré venait d’être nommé Premier ministre du général Lansana Conté. 

Nommé le 9 juillet 1996, quelques mois après la mutinerie des 2 et 3 février, il prend ses fonctions dans un contexte économique et social difficile. L’électricité, l’assainissement de Conakry et la reprise de la coopération financière internationale figurent alors parmi les priorités de son gouvernement.

Dans la nuit du 22 au 23 décembre 1996, l’éclairage public revient dans certains quartiers de la capitale. Ces lampadaires rallumés constituent, pour de nombreux habitants, un signe concret de l’action du nouveau gouvernement.

À cette époque, Sanou Kerfalla Cissé est journaliste au sein du groupe de presse Le Lynx–La Lance. Après quarante-huit heures de négociations, il obtient une grande interview du Premier ministre. La rencontre se déroule dans le bureau de Sidya Touré à la Primature, à la fin du mois de décembre.

« Je garde un souvenir particulièrement vif de cet entretien et des photographies prises ce jour-là », témoigne-t-il.

Cette première rencontre sera suivie d’échanges mensuels à la Primature. Les deux hommes discutent alors des principaux sujets de l’actualité nationale. Selon Sanou Kerfalla Cissé, Sidya Touré lui demandait régulièrement son appréciation sur le ressenti de la population face aux décisions prises par le gouvernement.

Cette écoute, souligne-t-il, l’a particulièrement marqué : « Il cherchait à savoir comment l’action du gouvernement était perçue au-delà des bureaux officiels. »

Les ambitions et les limites du pouvoir

Durant son passage à la Primature, le gouvernement de Sidya Touré annonce la mobilisation de financements extérieurs pour la collecte des ordures et engage des discussions avec les institutions financières internationales. Il entreprend également l’assainissement du fichier de la fonction publique.

Mais l’autorité du Premier ministre demeure étroitement liée à la confiance du chef de l’État. Deux ans après sa nomination, Sidya Touré perd le portefeuille de l’Économie et des Finances. Le 8 mars 1999, il quitte finalement la Primature. 

Pour Sanou Kerfalla Cissé, cette expérience illustre la difficulté de conduire des réformes lorsque les responsabilités politiques restent incertaines.

De la Primature à l’opposition

Après son départ du gouvernement, Sidya Touré poursuit son engagement politique au sein de l’Union des forces républicaines. Sa rupture avec le pouvoir de Lansana Conté devient progressivement publique.

En 2000, dans un contexte politique tendu, les désaccords s’accentuent autour notamment du rejet des listes de l’UFR à Matam et à Matoto à l’approche des élections communales.

Sidya Touré défend alors l’idée que son désaccord avec le pouvoir porte sur la pauvreté, l’éducation et la manière de gouverner. Il refuse que cette opposition soit présentée comme une simple querelle personnelle ou régionale.

L’appel du 27 juillet 2000

Le 27 juillet 2000, vers 21 heures 23, le téléphone de Sanou Kerfalla Cissé sonne.

Au bout du fil, Sidya Touré lui dit :

« Jeune frère, prépare-toi, demain on va prier ensemble à la Grande Mosquée Fayçal. »

Des démarches de médiation sont alors en cours. Le lendemain, vendredi 28 juillet, Sanou Kerfalla Cissé se rend à la mosquée.

Des notables, des responsables religieux et des officiers souhaitent rapprocher l’ancien Premier ministre et le président Lansana Conté. Certains évoquent notamment l’unité de la Basse-Guinée.

Sidya Touré refuse cependant que son engagement soit réduit à une affaire de région ou de personnes. Il rappelle que le différend concerne, selon lui, la situation politique, économique et sociale du pays, notamment la paupérisation, l’éducation et l’exclusion.

Sanou Kerfalla Cissé retient surtout sa constance ce jour-là. Sidya Touré reste ouvert au dialogue, mais ne souhaite pas qu’une réconciliation conduise l’UFR à renoncer à ses convictions.

« J’y retrouve l’homme que j’ai connu : courtois dans ses échanges et ferme dans ses positions », écrit-il.

Un souvenir qui demeure

L’histoire de Sidya Touré est aussi celle d’un ancien collaborateur du président Lansana Conté devenu l’un de ses opposants. Son parcours témoigne d’une période importante de l’histoire politique guinéenne.

Pour Sanou Kerfalla Cissé, resteront notamment le souvenir de leur première interview, des entretiens mensuels à la Primature, de cet appel tardif du 27 juillet 2000 et de la prière du lendemain à la Grande Mosquée Fayçal.

Des souvenirs qui, dit-il, appartiennent désormais à sa mémoire de journaliste et à une page de l’histoire politique de la Guinée.

« Dors en paix, grand frère. »

Sanou Kerfalla CISSE
PDG du groupe Afric Vision